04 Oct 2017

Cinq questions sur SU-ITE

  1. Quel est l’enjeu de l’institut pour Sorbonne Universités ?

« Notre conviction, c’est que la transition environnementale doit être beaucoup plus rapide et profonde que ne l’anticipent la plupart des acteurs politiques, économiques et sociaux », explique Denis Couvet.

Du changement climatique à l’effondrement de la biodiversité en passant par l’épuisement des ressources naturelles, l’accumulation des problèmes environnementaux menace en effet gravement les pays, leur croissance économique et leur cohésion sociale. D’où l’urgence d’agir… Et la volonté d’affirmer l’utilité sociale de Sorbonne Universités dans un domaine où ses compétences demeurent peu connues du monde socio-économique, et donc sous-employées.

Les établissements de la communauté disposent en effet sur ce sujet d’un réservoir d’expertises non seulement considérable, mais multidisciplinaire : 54 laboratoires travaillant sur des questions en lien avec l’environnement, soit quelque 2 000 chercheurs – climatologues, écologues, physiciens, chimistes, géographes, historiens, anthropologues, philosophes, sociologues… Un atout, car la transition environnementale est par essence une problématique transversale. « Ce qu’il s’agit avant tout de changer, ce sont les relations entre les humains et la nature, observe Marianne Cohen. Les sciences humaines et sociales, qui disposent des outils nécessaires pour analyser les stratégies des communautés face à leur environnement, ont donc un rôle clé à jouer aux côtés des sciences de l’environnement pour aider à définir des voies porteuses de sens pour les sociétés. »

« Notre ambition, souligne Luc Abbadie, c’est de multiplier les synergies entre disciplines pour développer des projets novateurs, renforcer notre expertise et faire de l’institut un interlocuteur incontournable sur la transition environnementale. »

  1. Comment rendre visible l’expertise scientifique de SU-ITE ?

L’institut est doté d’un think tank, vitrine de son utilité sociale. « Cette structure s’inscrit dans un esprit de service public, explique Luc Abbadie. Sa mission est de rendre l’expertise scientifique sur les problématiques environnementales plus accessible, plus compréhensible, et de créer les conditions pour que les politiques publiques prennent l’environnement en compte au même niveau que les enjeux sociaux ou économiques. Aujourd’hui, par exemple, si la réalité du changement climatique fait à peu près consensus, les politiques publiques sont loin de matérialiser l’urgence de mettre en œuvre la transition énergétique. Le think tank peut s’autosaisir de sujets de ce type et prendre position dans les débats publics pour opposer des arguments scientifiques aux discours idéologiques. »

  1. Comment se matérialise l’interaction entre chercheurs et acteurs de la société civile ?

L’institut lance des projets de recherche participatifs, impliquant des parties prenantes de la transition énergétique : villes, entreprises, ONG, acteurs du monde agricole… En s’appuyant sur le FabLab de Sorbonne Universités, il développe également l’innovation participative. Par ailleurs, son comité de pilotage stratégique intégrera des représentants de la société civile.

Pour mieux booster l’innovation en matière de recherche et d’interaction avec la société, l’institut est doté d’un comité de science-fiction. Le principe ?« Faire émerger des idées vraiment neuves en créant un espace de dialogue entre des chercheurs de disciplines différentes et des acteurs de la société et, surtout, en ouvrant le champ des possibles à l’infini, répond Anne-Caroline Prévot, chercheuse CNRS au MNHN chargée de la mise en place de cette structure. »

  1. Quelles sont les priorités de recherche ?

L’objectif est d’ouvrir un certain nombre de chantiers interdisciplinaires, et, pour certains, participatifs, sur des problématiques de fond. « Ces projets dits “ longs ” font a minima l’objet d’une thèse et durent donc au moins trois ans, mais pourront ensuite rebondir sur de nouvelles recherches », explique Laurence Eymard.

Parmi les thématiques prioritaires : les milieux extrêmes ou critiques (ceux où les changements climatiques auront le plus d’impact, tels l’Arctique et les régions menacées par la montée des océans), mais aussi la ville de demain, vaste sujet sur lequel l’institut bénéficie d’une ouverture internationale via l’UCCRN, un réseau mondial de recherche sur le changement climatique urbain associant des scientifiques et des acteurs de la société civile (métropoles, grandes entreprises, ONG…).

  1. Quels sont les objectifs de formation ?

Dans leur vie professionnelle, beaucoup des étudiants d’aujourd’hui seront confrontés aux impératifs de la transition environnementale, quelles que soient leur spécialité actuelle et leur activité future. D’où l’importance de créer des formations interdisciplinaires pour les y préparer. « A l’UPMC et à Paris-Sorbonne, il existe déjà des formations mixtes – notamment en licence, avec le système majeure/mineure, souligne Marianne Cohen. Avec la fusion des deux universités, elles ont vocation à se multiplier et nous souhaitons en profiter pour proposer aux UFR de développer des parcours spécifiques intégrant des unités d’enseignement sur la transition environnementale. »

« Nous mettons en place une offre coordonnée d’UE allant de la L2 au M2, qui permettra aux étudiants d’acquérir une bonne culture générale sur ce sujet et de voir cette compétence reconnue dans leur diplôme, explique Luc Abbadie. Ces UE sont axées sur les problématiques sociétales que pose la transition environnementale. Il ne s’agit pas de faire un cours sur le changement climatique, par exemple, mais sur les stratégies d’atténuation et d’adaptation, en prenant en compte à la fois leurs dimensions environnementales, politiques, sociologiques, économiques, psychologiques… »

Pour le reste, l’UPMC délivre avec Sciences Po un master en sciences politiques de l’environnement, qui débouche notamment sur des postes de responsable développement durable dans des collectivités ou des entreprises. SU-ITE réfléchit à proposer d’autres parcours de ce type pour former des professionnels des questions environnementales et projette également de déployer une offre de formations continues.