Colloque SU-ITE du 16 octobre. Introduction

Thierry Tuot et Stéphanie Thiébault s’expriment au nom des présidents des établissements présents : Sorbonne Universités, l’université Paris-Sorbonne, le Muséum national d’histoire naturelle (MNHN) et l’Université Pierre et Marie Curie (UPMC).

Thierry Tuot, président de Sorbonne Universités
On raconte qu’Anatole France, prix Nobel de littérature en 1921, a rencontré un jour une charmante danseuse bien connue, Isadora Duncan, qui avait une plastique assez remarquable. Isadora Duncan lui aurait dit, alors qu’ils discutaient de génétique : « Imaginez un enfant qui aurait votre intelligence et ma beauté. » A quoi Anatole France aurait répondu : « Oui, mais pensez à un enfant qui aurait ma beauté et votre intelligence ! »

C’est d’un horrible machisme mais c’est une façon de vous dire que les instituts de Sorbonne Universités, ce sont d’abord des espaces stratégiques transversaux. Nous partons de l’excellence dans chacune des disciplines et il n’est pas question de l’abandonner. Nous ne serons pas bons collectivement si nous ne sommes pas bons individuellement, et il ne faut pas rêver d’une sorte de mélange des genres où tout le monde serait compétent en tout. Mais nous ne pouvons déboucher, y compris dans ces disciplines d’excellence, que si nous travaillons ensemble.

Le domaine choisi par l’ITE est sans doute l’un des plus exemplaires de ce point de vue. Les considérations historiques, d’éthique, de philosophie, d’anthropologie sont vitales pour ceux qui font des sciences dures liées à l’environnement et à l’écologie ; mais, dans les sciences humaines, le recours au « faisceau laser », au « scalpel » des sciences dures est vital pour éviter de partir dans des champs complètement imaginaires.

Toutes les disciplines ne sont pas représentées dans l’ITE. Nous espérons pouvoir lui ajouter notamment des compétences en économie et en droit, que nous irons chercher à l’extérieur. Mais c’est parce que vous êtes ensemble, dans cet institut comme dans les quatre autres déjà créés – Collegium Musicæ, Institut universitaire d’ingénierie en santé (IUIS), Institut des sciences du calcul et des données (ISCD), Observatoire des patrimoines de Sorbonne Universités (OPUS) –, comme dans d’autres qui verront le jour, que vous allez pouvoir explorer les disciplines fondamentales de demain, les diffuser et les populariser.

Je voudrais me référer à un deuxième « Nobel », Henri Bergson, prix Nobel de littérature en 1927. Ce parangon de la philosophie française, devenu français à l’âge de 18 ans, a joué un rôle central dans le rapprochement de la philosophie et des sciences mais aussi dans l’accès à une pensée libre. Ses cours étaient suivis non seulement par des étudiants mais aussi par la bonne société de l’époque. Il parlait au moins trois ou quatre langues et avait une ouverture internationale extraordinaire. De même, dans l’ITE, il y a évidemment le travail scientifique, l’approfondissement académique en toute indépendance, mais il y a aussi une responsabilité sociale. Il est vital, et c’est le projet de Sorbonne Universités, que nous rétablissions en France la place que l’université n’aurait jamais dû perdre, qui est d’approvisionner la société en éléments du débat, non pas pour déterminer les solutions, mais pour lui proposer les bases d’une réflexion objective, rationnelle, qui permette à chacun de se forger une conviction. L’histoire récente des politiques environnementales est malheureusement jonchée d’absurdités scientifiques. Pensez à Notre-Dame-des-Landes, aux gaz de schistes, aux campagnes de vaccination ; à chaque fois le politique a mis la décision flattant l’opinion publique avant la démarche scientifique. Le rôle de l’ITE est de remettre cette démarche à la base du débat collectif et de montrer que chacun peut venir « se nourrir » pour contribuer à l’élaboration des décisions collectives.

Quant au troisième prix Nobel, nous comptons sur vous pour en avoir un bientôt…

De gauche à droite, Barthélémy Jobert, président de l’Université Paris-Sorbonne, Jean Chambaz, président de l’UPMC, Stéphanie Thiébault, Bruno David, président du MNHN, Thierry Tuot, et Laurence Eymard.
©UPMC-Pierre Kitmacher

Stéphanie Thiébault, présidente du conseil stratégique de SU-ITE, directrice de l’Institut écologie et environnement (INEE) du CNRS

L’ITE constitue un objectif innovant, structurant et original sur la place de Paris, et je l’espère au niveau national et européen. Cela fait plus d’un an que nous y réfléchissons tous ensemble. Il s’appuie sur une double originalité : mettre en œuvre des approches interdisciplinaires et intersectorielles avec un centrage sur les problématiques du changement global.

La vaste palette des compétences de Sorbonne Universités, ses 54 laboratoires et quelque 2000 chercheurs et techniciens, ses étudiants et post-doctorants permettent d’aborder les différentes facettes de la transition écologique. Deux ans après la COP21 où ont été prises des décisions internationales de première importance pour faire face au changement climatique, la transition écologique doit accompagner la nation pour atteindre les objectifs de l’Accord de Paris. L’ITE allie une recherche de base d’excellence à une capacité de formation et de collaboration avec la société et les parties prenantes. Ses axes – maîtriser le changement climatique et ses conséquences, créer les conditions d’un usage responsable et durable des ressources et des énergies, gouverner la biodiversité et s’inspirer de la nature – s’appliquent à des chantiers prioritaires, le territoire urbain et les milieux extrêmes, sachant que 80 % de la planète habitera dans les villes en 2050 et que milieux extrêmes et villes ne font parfois qu’un. Je salue sa volonté de recourir à des approches originales telles que les sciences participatives, avec un vrai savoir-faire, notamment au Muséum, en complément des démarches d’observation, d’expérimentation et de modélisation.

Le travail de l’ITE s’inscrit parfaitement dans les 17 objectifs de développement durable (ODD) des Nations unies, adoptés en septembre 2015 par près de 200 pays pour être mis en œuvre d’ici 2030. Il faut savoir que cet engagement signifie que toutes les recherches scientifiques doivent viser ces ODD. Je ne peux que vous inciter à les connaître . Enfin, l’ITE est doté d’un think tank, une première pour une structure universitaire qui a vocation à produire des propositions qui éclaireront les débats sur la transition écologique. Je suis persuadée que l’institut va ainsi construire un projet formidable, soutenable et durable.