Le chercheur mis en position d’expert sur le changement climatique

Quel arbitrage sur les incertitudes dans la communication ?

Séminaire interne de Pascal Maugis, CNRS et Université Paris Saclay, LSCE.

Lundi 15 février 2020, 16h, en visioconférence

 

Organisé par l’Atelier d’Ecologie politique francilien (Ecopolien)

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Dès lors qu’un avis lui est demandé par un décideur ou un porteur d’enjeux, le scientifique coiffe sa casquette d’expert et sort à la fois de sa zone de compétence propre et de sa zone de confort pour se confronter aux décisions publiques alors que les enjeux et les pressions peuvent être considérables.
Pourtant, la posture du « sachant », si elle est attendue, souvent implicitement, lors de la sollicitation, est risquée à plus d’un titre : s’exprimer sur des champs scientifiques qui ne relèvent pas de sa spécialité propre risque d’occulter des incertitudes signifiantes mais en dehors du paradigme habituel de travail dans son propre champ de spécialité, responsabilité engagée en cas d’erreur de priorisation du discours ou de mauvaise compréhension. Le chercheur est également soumis à une stratégie personnelle de carrière, à des enjeux de valorisation de son propre collectif de recherche, à des biais psychologiques comme le biais de confirmation ou la minoration des processus ou résultats objets de polémiques. Pour ces raisons, le discours d’un expert individuel n’engage que lui et ne saurait être normatif.
Face aux impacts économiques et sociétaux de sa parole, le scientifique peut être tenté de filtrer ses messages en occultant les résultats controversés, en priorisant ceux dont le niveau de preuve est inattaquable, ou encore en évitant ceux jugés anxiogènes et incitant au déni. C’est pour une bonne part la stratégie de communication du GIEC, qui sera analysée dans son principe et dans ses conséquences vis-à-vis du principe de précaution, et notamment la faculté de délivrer une information permettant effectivement aux décideurs de choisir des options de manière informée, responsable et robuste. On verra que la ligne choisie par le GIEC ne permet pas de le faire et qu’elle expose potentiellement les territoires à la mal-adaptation ou à l’impréparation.
Le discours d’expertise, tel que sollicité pour alimenter une prise de décision par des porteurs d’enjeux sur un territoire donné doit, en contexte de grandes incertitudes comme c’est le cas du changement climatique, être construit dès la formulation de la question, de manière collective. Les plus grandes incertitudes – situation au demeurant commune dans la vie politique ou notre vie quotidienne – ainsi que les impacts plausibles les plus extrêmes peuvent être appréhendés de manière apaisée lorsque la connaissance scientifique est délivrée dans sa diversité. La responsabilité du collectif, conçu comme celui qui prendra les décisions, mettra en œuvre les actions, les maintiendra dans la durée et subira les conséquences – positives ou négatives – des choix faits prend le pas sur celle, individuelle, du passeur de science. On expliquera ainsi les différentes manières de décrire les incertitudes et les différentes manières d’y faire face dans la construction d’une décision.