Les entreprises et la transition écologique

Par Claire Tutenuit

Cet article est tiré de l’intervention de l’auteur lors du colloque du 16 octobre 2017.

Entreprises pour l’Environnement (Epe) est une association d’une quarantaine de grandes entreprises de tous les secteurs allant de l’agriculture à l’industrie lourde, aux matériaux, la construction, les transports, la finance, l’assurance, le luxe, etc. Ces entreprises partagent la vision de l’environnement comme source de progrès – la réduction de leurs impacts environnementaux – et en même temps comme source d’opportunités et d’innovations. L’association est un think tank pour ses membres, dans lequel elles viennent dialoguer entre elles et avec leurs parties prenantes et échanger leurs expériences : comment faire pour mettre en place telle politique ou pratique durable, comment développer des marchés compatibles avec l’environnement, etc. Les publications qui en ressortent sont des outils et méthodes pratiques pour les entreprises, en accès libre sur le site d’EpE.

Le sujet du climat est sans soute assez facile à aborder pour les entreprises car il rentre bien dans les systèmes de gestion via des indicateurs comme la tonne de CO2-équivalent et dans les modèles économiques par le biais du prix du carbone, par exemple. En revanche, le déploiement des solutions que peuvent proposer les entreprises pour atténuer le changement climatique se heurte à des difficultés qui ne sont plus à leur seule mesure. Elles ont besoin de politiques publiques acceptées par la population. Or cela ne va pas sans mal. La contribution climat énergie a mis longtemps à être instituée. L’arrêt de la voiture thermique en 2040 n’est pas encore voté mais rencontre déjà des réactions hostiles : que ferai-je sans voiture pour me déplacer depuis ma banlieue ? Quelles seront les alternatives de mobilité à la voiture thermique ? De même pour la fin de la production française d’hydrocarbures en 2040, ou d’autres mesures annoncées.

Risques et opportinités généraux liés aux impacts du changement climatique pour les entreprises.
Source : EpE & ONERC, Les entreprises et l’adaptation au changement climatique, avril 2014.

 

Les résistances concernent aussi les directions de la recherche des entreprises. Je pense au graphique produit par Matthieu Glachant à l’Ecole des mines qui montre un parallélisme remarquable entre le nombre de brevets déposés sur les énergies renouvelables et la courbe des prix du pétrole. Comment faire pour que la R&D des entreprises travaillant sur les EnR soit déconnectée du prix du pétrole ? Je pense aussi au travail de Philippe Aghion, qui a montré qu’il y a, encore aujourd’hui, davantage de brevets sur les moteurs thermiques que sur tout autre moyen de mobilité. Quel sera le déclic qui fera parier sur des moyens encore inconnus de se déplacer ? Il vaut sans doute mieux parler d’inertie que de résistance, mais le résultat est malheureusement que la transition aujourd’hui est trop lente aussi dans le monde de la R&D.

Un problème social et politique

Les résistances existent en fait un peu partout. Pour qu’une transition écologique se fasse, les solutions disponibles doivent être acceptées avant d’être mises en œuvre : le problème est d’abord social et politique. La mise en place des mesures appropriée nécessite énormément de recherches en amont. EpE va par exemple lancer une étude sur ce que voudrait dire une France à zéro émission nette de carbone en 2050. Au-delà des contraintes et trajectoires sectorielles existantes, il nous faut une vision de à quoi ressemblerait une France neutre en carbone, sa société et son économie ; nous pourrions alors en déduire comment on va y arriver, à commencer par ce qu’il faudra faire dans les cinq ans qui viennent.

EpE s’intéresse aussi à la biodiversité. Pour les entreprises, ce sujet est plus difficile à appréhender que le climat car la biodiversité ne se gère en général pas directement dans les entreprises. Comment fait-on pour ne plus artificialiser les terres, pour n’avoir aucun impact sur la flore ou la faune ? Il y a une vraie perplexité chez les entreprises, sachant qu’il ne s’agit pas de s’arrêter de vivre. Elles sont donc très intéressées par la science et beaucoup travaillent déjà avec des fondations de recherche ou en partenariats. Je vous invite donc, si vous avez des idées transverses, à nous contacter, et nous vous orienterons vers les entreprises les plus adaptées.

Nous souhaitons en tout cas plein succès à SUI-TE, et essaierons de notre mieux de faciliter le succès de ce programme, la transition de notre société a besoin de tous les cerveaux !

Pour en savoir plus
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