Après les sociétés égalitaires de chasseurs-cueilleurs et notamment depuis l’apparition de l’agriculture, l’apparition de modes vie sédentaires a coïncidé avec celle de fonctionnements sociaux divers. Nos sociétés actuelles reposent ainsi sur une large gamme de groupes (clan, état, entreprise, ONG, syndicat), de structures (démocratie, monarchie, tyrannie ; division du travail) et de règles (lois, normes, récompenses, punitions). Face aux changements environnementaux à venir, ces types de sociétés humaines pourraient ne pas présenter les mêmes propriétés. En particulier, quels types de société sont les plus à même de manifester robustesse et résilience face à de tels changements ?

Par une approche de philosophie des sciences, d’ethnologie et d’anthropologie, nous travaillons à décrire et catégoriser les structures sociales existantes, y compris celles de groupes ethniques variés. Nous constituons une base de données de leurs paramètres démographiques en parallèle avec des données environnementales afin de proposer des hypothèses quant aux liens entre les changements environnementaux et l’intensité des modifications subies (robustesse et résilience) en fonction des caractéristiques de la société.

Par une approche d’écologie évolutive, et puisque de telles expériences ne sauraient être menées sur des sociétés humaines, nous mettons en place des démarches expérimentales pour tester empiriquement ces hypothèses en manipulant des structures sociales animales (par exemple des colonies d’insectes sociaux comme les fourmis) et en les exposant à des contraintes environnementales sur des paramètres de températures, ressources alimentaires ou polluants. Nous mesurons la réponse de ces organismes à la fois au niveau individuel (taille, forme, défenses immunitaires, comportements) et au niveau de la société (efficacité du travail collectif, reproduction).

 

Colonie de fourmis Temnothorax nylanderi
Copyright : Theotime Colin

 

Par exemple, des colonies de Temnothorax nylanderi, la petite fourmi des brindilles (ci-dessus), peuvent être récoltées massivement en forêt, installées au laboratoire entre deux lames de microscope, élevées en conditions contrôlées, et manipulées (environnement et structure sociale) pour tester des hypothèses issues d’observations sur les sociétés humaines (1).

Cette analogie entre transmission (essentiellement culturelle) des traits sociaux dans les sociétés humaines et transmission (génétique et culturelle) dans les sociétés animales est renforcée par le développement de modèles mathématiques.

 

(1) Voir l’article sur les effets de la température sur ces fourmis.

Pour en savoir plus

Mathieu Molet,
maître de conférences, iEES, Sorbonne Université,
Ecologie évolutive, insectes sociaux.

Cédric Paternotte,
maître de conférences, IHPST, Sorbonne Université,
Philosophie, groupes et socialité.

Actualités du projet